La Gambie : Le Port de Pêche de Bakau
Photoreportage réalisé en Gambie durant une résidence artistique de cinq semaines (Juin/Juillet 2025). Travail documentaire sur la pêche artisanale et les métiers qui en découlent au sein de la communauté du port de Bakau, un projet soutenu par l’Alliance Française de Banjul.
The smiling coast : La Gambie est un petit pays d’Afrique de l’Ouest enclavé dans le Sénégal, à l’exception de sa façade maritime sur l’océan Atlantique. Traversée par le fleuve Gambie, elle abrite une grande diversité de cultures et de communautés. Malgré sa taille modeste, la Gambie se distingue par son hospitalité, ses marchés animés, et la richesse de ses traditions, notamment autour de la pêche artisanale, pilier de l’économie côtière. Pour tout projet éditorial, quatre-vingt photographies de plus complètent la sélection ci-dessous. Les transcriptions des conversations avec les membres de la communauté de pêcheurs sont également disponibles sur demande via le formulaire de « Contact » sur la page : « The Bakau Fishing Harbour »
Ce reportage a vu le jour grâce au parrainage et à la confiance d’Armstrong et des deux Lamin, qui m’ont accueilli au « Bakau Fishing Harbour » dès mes premiers pas dans le voisinage. Généreux de leur temps, ils m’ont régulièrement accompagné pour briser les réticences et me présenter à la plupart des personnes figurant sur ces photographies.
Une Communauté Soudée
« We are one » ou « On est ensemble ». La mer est loin d’être généreuse tous le jours. Face aux aléas, l’entraide et la solidarité constituent des ressources essentielles. Lorsque les conditions se durcissent, c’est la force du collectif qui permet de surmonter les moments les plus rudes. Qu’il s’agisse de mettre à l’eau une pirogue ou de la remonter sur la plage, les paires de bras ne manquent jamais. Les bateaux sont hissés au rythme des « O Siley », une mélopée scandée pour synchroniser l’effort. À Bakau, chacun compte sur l’autre — c’est un mode de vie, mais aussi une nécessité.
Une Journée en Mer avec Captain Malik et son Équipage
Quand j’ai rencontré à Malik, je lui ai demandé si je pouvais aller en mer avec lui, il m’a dit oui. Deux jours plus tard, j’embarquais sur sa pirogue pour une partie de pêche au « Bonga Fish » (Sardinelle). Baptisée « Ya Ndey », du nom de sa mère, son embarcation en bois d’une dizaine de mètres venait d’être rénovée et repeinte dans un style mêlant motifs traditionnels et soutien au F.C. Barcelone. Une fois au large, on cherche le poisson, on scrute la surface. J’ai eu beau scruter, et même en faisant appel à mon imagination, je n’ai rien vu. Une fois le banc localisé, on déroule le filet en cercle pour former une nasse flottante. Puis on navigue du centre du cercle vers l’extérieur en tapant contre la coque du bateau avec des batons voire un marteau, la manœuvre sème la panique parmi les sardinelles qui, fuyant le vacarme et se précipitent dans les mailles du filet. Il ne reste plus qu’à remonter quelques centaines de mètres de filet à la force des bras. Puis cap sur Tanji, pour écouler la pêche.
Cette méthode de pêche artisanale fait face à la concurrence directe des chalutiers industriels, majoritairement chinois, équipés de sonars et opérant dans les mêmes eaux. Cette compétition déséquilibrée, qui épuise les ressources sans discernement, est pourtant tolérée par les autorités.
Pêcheurs, Mareyeurs et Poissonniers
Pêcheurs, mareyeurs, poissonniers, saurisseurs… tous les métiers de la mer sont représentés au sein de la communauté de Bakau. Des savoir-faire transmis de génération en génération y maintiennent vivantes les pratiques, les gestes et les techniques, malgré les difficultés et l’adversité.
Des infrastructures en Péril
Autrefois prospère et dynamique, le port de Bakau, à vu son activité décroitre au profit de Tanji. L’arrêt de l’unité de production de glace en est la principale cause. Depuis une dizaine d’années, la mauvaise gestion et la corruption ont progressivement détérioré la situation. La précarité des conditions de vie rend toute approche « verte » difficile à envisager, la reléguant à l’état d’intention irréaliste. « Sustainable Fisheries Partnership Agreement – European Union / Republic of the Gambia », c’est ce que dit le panneau installé il y a deux ans à l’entrée de la pêcherie. Pas un centime d’aide au développement ne semble être arrivé à bon port.
Ci-dessus. Le poste de secours et le bateau de sauvetage sont partis en flammes il y a quelques mois. Le tablier de la jetée a disparu, rongé par la rouille. Au fil des marées, l’océan emporte le sable sous les fondations de certains bâtiments, désormais menacés d’effondrement par l’érosion.
Un grand merci à toute l’équipe de l’Alliance Française de Banjul. Tout particulièrement à Justine Guschlbauer, pour son invitation et son accueil chaleureux qui nous ont permis de séjourner en famille à Serrekunda pendant ces cinq semaines.
Voir également : les aquarelles Gambiennes de « Géraldine Garçon », « Sura Susso » en studio, l’exposition « Everyday People » à « l’Alliance Française de Banjul ». Une résidence artistique en « Oman » et reportage réalisé en « Zambie ».